Urgence de joie de la lettre H

Stella Polare dans son concept de vitaculture défend les droits de la lettre H. Elle a adressé la lettre à l’Académie Française dans laquelle elle a exposé ses arguments à ce sujet.

Voici la lettre entière :

“Madame la Secrétaire Perpétuel,
 
 Par la présente je m’adresse à votre sagesse, à votre expertise dans la langue française et à vos coeurs humanistes. Cette lettre vise à exposer toutes les souffrances que la lettre H subit afin de les f aire cesser et qu’elle puisse avoir une vie pleinement joyeuse.
Aujourd’hui la lettre H est présente dans 49 864 ur 411 430 mots, que compte la langue française soit 12%. Pour autant, la malheureuse lettre H passe phonétiquement inaperçue lors de grands discours comme dans les conversations quotidiennes. Elle peut même être un objet des malentendus, de querelles et par conséquent d’incidents diplomatiques entre pays. La mauvaise prononciation de certains noms ou prénoms de personnes étrangères, engendre une gène chez leurs porteurs qui en viennent à perdre une partie de leur identités.  Malgré le fait que la H est la première dans Homme ou Honneur, la lettre H subit la vie la plus déshonorée et inhumaine parmi ses collègues. Nous l’appelons le H muet, le H aspiré; dans les faits sa valeur phonétique est nulle. Historiquement, cette pauvre lettre H subi cet déchaînement depuis des millénaires, tant au niveau de sa forme ou au niveau de son existence phonétique. En effet, la lettre H est l’initiale du mot hèt dont les racines proviennent la lettre sémitique ח (khêt). Le dernier signifie un enclos, une barrière avec plusieurs barreaux. Le son de la lettre H, éternelle prisonnière muette, ressemble à la violence vécue par l’homme, qui finit par transformer sa voix en cri sourd de tout ce qu’elle a pu vivre lors de son expérience troublée. En revanche dès que nous l’apercevons au milieu de mots, la H joue un rôle séparatiste. Elle semble vouloir se venger de toute la violence subie. En effet, quelle joie de vivre reste-t-il à ceux qui n’ont plus de champs d’expression hormis le jeu de « séparatiste » pour se sentir vraiment vivant? C’est aussi la raison pour laquelle les âmes blessées qui passent inaperçus ont recours aux projets défavorables pour eux et/ou l’humanité entière :

« Le malheur vient sur toi
Tu n’es pas capable de discerner
Le matin qui se renouvelle, 
Et tombe sur toi le présent.
Tu ne pourras le recouvrir
Et viendra sur toi tout à coup 
Shoah, le malheur, la destruction, 
Tu ne sauras pas. »
Source : Le verset 11 du chapitre 47 du Prophète Isaïe.

Tel une esclave enchainée, la lettre H peut se soumettre à l’« amitié » inégale avec seulement quelques lettres. Il en va ainsi lors de concubinages humiliés avec des lettres P, C pour former une sonorité nouvelle. Même les moins heureux mariages donnent naissances à des enfants semblables aux deux parents. Mais les produits de l’union PH ou CH ne sont désormais rien d’autre que les dérivés de C ou P. D’autant plus que certains mots font intervenir la lettre H là ou elle ne doit pas être, en suscitant les désaccords. Encore une fois la lettre H, devient celle qui désunie les admirateurs de langue et pas celle qui les fédère. Est-ce ce dénigrement de la lettre H qui a conduit le Dictionnaire de l’Académie française a avoir recours à elle en 1935, quand le nénufar fut abandonné au profit de nénuphar? Le dernier a suscité beaucoup de discussions. Heureusement aujourd’hui le nénufar n’est plus une faute et la justice historique s’est rétablie.

La langue française a beaucoup changé depuis des siècles et de nouveaux termes sont encore introduits régulièrement. Cela donne l’espoir que la magnificence de la lettre H peut être réellement rétabli, son statut d’esclave aboli pour qu’elle sera enfin libérée et puisse se sentir entière et pleinement joyeuse.

Au vu de ce qui précède, je vous demande de repenser les statuts de la lettre et de lui attribuer une place digne parmi tous ses autres collègues de l’alphabet français. 
 En espérant que la nécessité de la vie joyeuse de la lettre H sera prise en considération et  que ma demande sera satisfaite. Je vous prie, Madame le Secrétaire Perpétuel, d’agréer l’expression de mes sentiments les plus respectueux.


Khulkar Yunusova
Stella Polare (surnom artistique)”